La Chine et le Moyen-Orient à l’issue de la guerre des douze jours

ChinaMed Report 2025

La guerre ayant opposé Israël à l’Iran en juin 2025 a profondément reconfiguré le paysage sécuritaire du Moyen-Orient et a eu des répercussions majeures sur les relations sino–moyen-orientales. En s’appuyant sur l’analyse des débats académiques et médiatiques en Chine et dans la région, ainsi que sur les déclarations officielles chinoises, ce rapport évalue la manière dont le conflit a redéfini les perceptions du rôle et de l’avenir de la Chine au Moyen-Orient.

Une grande partie du débat médiatique s’est concentrée sur le fait que, malgré l’existence d’un partenariat stratégique, la Chine s’est abstenue d’apporter un soutien matériel direct à l’Iran durant la guerre. La réponse officielle de Pékin, articulée autour d’appels à la désescalade et au respect de la souveraineté, a été largement interprétée comme «équilibrée» et «neutre», alimentant le débat sur la nature de l’engagement chinois dans la région. Les experts chinois se sont globalement alignés sur cette rhétorique, condamnant les actions des États-Unis et d’Israël tout en analysant les causes structurelles du conflit. Face aux réactions limitées suscitées par l’intervention américaine en faveur d’Israël, plusieurs commentateurs chinois ont également mis en doute la capacité réelle des acteurs régionaux à promouvoir un ordre multipolaire, révélant ainsi les contradictions du discours chinois sur le déclin de l’Occident. Par ailleurs, l’absence relative d’analyses portant sur le rôle potentiel de la Chine a mis en lumière une certaine incertitude parmi les chercheurs quant à la capacité de Pékin à contribuer de manière significative à la stabilisation régionale, soulignant de fait les limites apparentes de son influence.

Pour autant, au Moyen-Orient, Pékin n’est nullement perçu comme un acteur secondaire. Les chercheurs et commentateurs de la région continuent de considérer la Chine comme un partenaire essentiel avec lequel leurs gouvernements doivent maintenir un engagement actif. En Israël, si la méfiance à l’égard des liens sino-iraniens reste palpable, plusieurs experts et diplomates voient dans la «position équilibrée» de Pékin une occasion de redéfinir la relation bilatérale, tant pour des raisons économiques que par crainte d’un isolement diplomatique croissant. En Iran, bien que la déception suscitée par la réponse mesurée de Pékin soit largement partagée, de nombreux commentateurs ont orienté leurs critiques vers leur propre gouvernement, jugé incapable d’approfondir la coopération stratégique avec la Chine, notamment dans les domaines de la défense et des infrastructures. Dans l’ensemble du monde arabe, et plus particulièrement dans les médias proches des États du Golfe, la «neutralité positive» adoptée par Pékin a été généralement favorablement accueillie. De manière générale, les analystes de la région ont reconnu et même justifié le pragmatisme et la retenue de la Chine estimant cette posture conforme à ses priorités stratégiques globales.

Le rapport conclut en examinant plusieurs évolutions récentes et en soulignant que, si le rôle de la Chine au Moyen-Orient reste contraint par sa prudence et par des capacités encore limitées, les observateurs régionaux la considèrent, et continueront probablement de la considérer, comme un partenaire économique, stratégique et diplomatique indispensable. La guerre a certes conduit à une réévaluation de la fiabilité de Pékin, mais non à un souhait de distanciation; au contraire, de nombreux experts semblent plaider pour des partenariats réajustés, fondés sur des intérêts mutuels plutôt que sur des attentes excessives. Dans un contexte régional en constante transformation, les relations sino-moyen-orientales demeurent plus centrales et débattues que jamais.

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